Semelle orthopédique : pourquoi faire un bilan postural complet avant sa réalisation?

 

Quand une douleur devient chronique au niveau du pied, du genou, de la hanche ou du dos, les semelles sont parfois envisagées comme une solution pour apporter du soutien ou améliorer le confort. Mais avant de déterminer ce que l'on va placer dans les chaussures, encore faut-il comprendre comment la patiente se tient, marche et s'organise dans son ensemble.

Une semelle orthopédique ne devrait jamais être conçue uniquement à partir de la morphologie du pied ou de la localisation de la zone douloureuse. Le bilan postural permet de recueillir différentes informations, de les mettre en relation et de tester ce qui modifie réellement le fonctionnement observé.

C'est cette étape qui permet de passer d'une semelle réalisée à partir d'un constat à une semelle conçue en fonction des besoins propres à chaque patiente.

 

Pourquoi faire un bilan postural avant de réaliser une semelle orthopédique?

 

La forme du pied ne suffit pas à décider d'une semelle

Un pied plat ou cambré, une voûte plantaire affaissée, un appui plus important d'un côté ou une usure asymétrique des chaussures donnent des informations intéressantes. Mais ces observations ne permettent pas à elles seules de déterminer quels éléments doivent composer une semelle.

La recherche scientifique invite d'ailleurs à ne pas établir de lien trop rapide entre la morphologie statique podale et les symptômes du patient. Une revue systématique et une méta-analyse portant sur 21 études prospectives et 6228 participants a montré qu'une posture du pied en pronation (c'est-à-dire que la voûte plantaire a tendance à s'écraser contre l'intérieur en statique) pouvait constituer un facteur de risque pour certaines atteintes, mais avec des associations faibles et qui ne se retrouvaient pas pour l'ensemble des pathologies étudiées. Les auteurs recommandent donc d'intégrer cette observation statique dans une évaluation multifactorielle plutôt que l'interpréter isolément.

Autrement dit, observer une particularité morphologique ne suffit pas pour conclure qu'elle est responsable des douleursdu consultant, ni pour déterminer automatiquement le type de traitement à lui proposer. Des personnes présentant des pieds plats peuvent d'ailleurs être totalement asymptomatiques.

Deux personnes présentant une morphologie similaire peuvent avoir un déroulé du pas, des compensations, une mobilité ou des algies très différentes. À l'inverse, une asymétrie visible n'est pas nécessairement à corriger si elle participe à une organisation fonctionnelle et bien tolérée.

C'est pourquoi, je ne cherche pas simplement à "corriger" le pied, mais à le soutenir lorsque cela est nécessaire et à lui apporter des stimulations adaptées. L'analyse permet notamment d'observer comment les appuis s'intègrent dans le fonctionnement global de la patiente avant de décider si leur modification est pertinente et surtout, sous quelle forme.

 

Observer les appuis, la marche et le fonctionnement du corps

L'examen commence par une analyse des appuis plantaires en position statique debout. L'utilisation de la plateforme de pression permet notamment d'étudier leur répartition, les forces de pression plantaires et certains paramètres liés à l'équilibre postural.

Mais rester debout ne raconte qu'une partie de l'histoire, même si on emporte sa statique dans le mouvement corporel. J'observe également la personne marcher : déroulement du pas, répartition des pressions plantaires, mouvements du bassin, éventuelles adaptations des genoux, du bassin, du reste du corps, ...

Ces informations sont complétées par un examen de la mobilité et par différents tests choisis en fonction de l'anamnèse, de la situation de la patiente et de ce qui a déjà été observé à ce stade-là de l'analyse. L'objectif n'est pas d'accumuler des mesures et de cocher les cases d'une check-liste, mais de mettre ces différents paramètres en relation et de comprendre comment ils s'articulent entre eux.

C'est aussi pour cette raison qu'une analyse posturale ne peut pas être réduit à une photographie de la posture à un instant donné. J'expliquais plus précisément cette différentiation dans mon article consacré à ce que permet réellement d'observer un bilan postural.

 

Mettre ces observations en relation avec les douleurs et l'histoire de la personne

Toutes ces mesures et ces tests n'ont bien évidemment de sens que s'ils sont replacé dans leur contexte bio-psycho-social. Celui-ci va apporter des informations indispensables à la compréhension de ce qui est observé. Je prends notamment en compte :

  • la douleur actuelle et son évolution

  • les anciennes blessures ou interventions chirurgicales

  • l'activité professionnelle et/ou sportive

  • les habitudes quotidiennes

  • l'évolution générale des symptômes

Une localisation douloureuse n'indique d'ailleurs pas nécessairement à elle seule, l'endroit sur lequel il faudra agir. Le corps peut mettre en place différentes stratégies pour continuer à fonctionner malgré une contrainte, une perte de mobilité ou une modification des ses appuis.

L'analyse consiste donc à croiser les informations plutôt qu'à isoler le pied, l'articulation ou la zone douloureuse. C'est à partir de cet ensemble que je peux ensuite déterminer quelles stimulations il est pertinent de tester avant la conception des semelles.

 

Comment le bilan guide-t-il la conception des semelles?

 

L'analyse posturale ne s'arrête pas à un recueil d'informations. Les observations récoltées permettent de formuler des hypothèses, puis de tester différents stimulations plantaires avant de décider lesquels seront intégrés aux semelles.

Dans ma pratique, cette étape est essentielle : je ne détermine pas la composition de mes semelles uniquement à partir de ce que j'ai observé. Je vérifie également comment la patiente réagit aux stimulations proposées et si elles modifient les paramètres et dysfonctions relevés lors de mon examen.

 

Choisir les stimulations à tester à partir des informations recueillies

-> Pourquoi je teste cet élément-là?

Les éléments testés ne sont pas choisis au hasard. Leur sélection découle de l'anamnèse, de l'examen de la marche et de la statique, de l'observation des chaînes musculaires, de la mobilité articulaire et des différents tests réalisés au cours de mon analyse.

Selon ce qui ressort de cette étude, je peux tester différentes stimulations podales afin d'observer leur influence sur le fonctionnement de la patiente. L'objectif ici n'est donc pas d'appliquer une correction standardisée à une morphologie donnée, mais de rechercher les éléments les plus pertinents au regard de l'ensemble des informations recueillies.

Cette démarche permet aussi de ne pas présumer qu'un élément sera bénéfique simplement parce qu'il est habituellement proposé pour un type de pied ou un trouble morpho-statique particulier.

 

Observer la réponse du corps et tester

-> Que se passe-t-il lorsque je teste?

Une fois les éléments placés sous les pieds, je reprends certains tests réalisés précédemment et j'observe si les dysfonctions de mobilité relevées se modifient ou non et si l'organisation corporelle de la personne évolue dans le sens recherché.

Ce principe de test et de comparaison me permet d'évaluer la situation avant et après l'ajout d'une stimulation et donc de la modification de l'appui plantaire. Les sensations de la patiente sont également prises en compte : une modification observable n'a pas vocation à être retenue indépendamment de son confort et de son ressenti.

Tous les changements ne sont pas nécessairement significatifs et une réponse immédiate ne permet pas à elle seule de prédire l'évolution à long terme. Ces tests constituent donc des critères d'aide à la décision, à mettre en relation avec l'ensemble de l'analyse.

Céline Lambert teste les éléments de semelle sous les pieds d'une patiente lors d'un bilan postural.
 

Des éléments fins pour stimuler sans immobiliser

-> Qu'est-ce que finit concrètement dans la semelle?

Les éléments intégrés aux semelles sont généralement fins, jusqu'à 3 mm environ, et peuvent être réalisés dans différents matériaux de différentes densités, notamment en résine, en PE-EVA ou en mousse absorbante ou rebondissante. Leur forme, leur emplacement, leur épaisseur et leur matériau sont choisis d'après l'objectif recherché et de la réponse observée lors des tests.

La semelle peut ensuite être moulée ou rester plate lorsque la situation le nécessite. Lorsqu'elle est moulée, je respecte la morphologie du pied de la patiente. Je ne peux pas créer artificiellement une voûte plantaire qui n'existe pas sur un morpho-type affaissé ou plat.

Un soutien peut être ajouté lorsqu'il est pertinent, mais il doit rester compatible avec la mobilité du pied. Mon objectif n'est pas de le bloquer dans une structure rigide qui ferait le travail à sa place (style chaussure de ski 😅). Le pied doit pouvoir continuer de bouger librement et de participer activement au mouvement, y compris une fois la semelle placée dans la chaussure.

La conception résulte donc d'un équilibre entre les stimulations recherchées, la morphologie, sa mobilité, le confort de la patiente et l'espace réellement disponible dans ses chaussures.

 

Des semelles sur mesure, qu'est-ce que ça signifie réellement?

 

Une semelle réalisée sur mesure ne se résume pas à prendre l'empreinte du pas avec un scanner informatisé pour reproduire sa forme. La personnalisation concerne aussi les éléments qui la composent, les matériaux utilisés, le niveau de soutien nécessaire et les objectifs définis à partir de l'analyse.

Deux patientes présentant une pathologie similaire ne repartiront donc pas avec les mêmes semelles orthopédiques. Leurs douleurs, leur mobilité, leur manière de marcher, leurs activités, leurs chaussures et les réponses observées pendant les tests conduiront à des choix différents.

Semelles orthopédiques sur mesure réalisées après le bilan postural
 

Une personnalisation qui ne se limite pas à l'empreinte du pied

L'empreinte permet de respecter la morphologie du pied lorsqu'une semelle moulée est indiquée. Mais elle ne détermine pas à elle seule ce qui est utile pour la patiente.

C'est l'ensemble de l'expertise qui guide la conception : ce que j'ai observé en statique et en dynamique, les mobilités articulaires, les éventuels troubles fonctionnels, les symptômes de la patiente et les modifications obtenues lors des tests.

Le "sur mesure" se situe donc autant dans la réflexion qui précède la fabrication que dans la fabrication elle-même. Une semelle peut être moulée ou plate, comporter différents éléments et offrir plus ou moins de maintien selon les besoins identifiés. L'objectif n'est pas de reproduire une solution standard dans une pointure différente, mais de concevoir un dispositif cohérent avec le fonctionnement de la patiente.

Moulage des semelles orthopédiques sur mesure sous les pieds de la patiente dans les coussins à empreintes.
 

Des besoins qui peuvent évoluer avec le temps

Une semelle adaptée aujourd'hui ne correspond pas nécessairement aux besoins de la patiente plusieurs années plus tard. Une zone douloureuse peut avoir disparu, une mobilité peut avoir changé, une activité sportive peut avoir été commencée ou arrêtée, une intervention chirurgicale peut être survenue ou de nouvelles contraintes peuvent être apparues.

C'est pourquoi refaire une paire de semelles orthopédiques ne signifie pas automatiquement reproduire les précédentes à l'identique. Un nouveau bilan postural permet de contrôler la situation actuelle et de déterminer si les mêmes éléments restent pertinents, s'ils doivent être modifiés ou s'ils ne sont plus nécessaires.

Cette réévaluation est particulièrement importante lorsqu'une personne porte depuis plusieurs années le même type de semelles simplement parce qu'il lui a été prescrit à l'origine. Ce n'est pas l'ancienne semelle qui détermine la suivante, mais la situation actuelle de la patiente.

 

FAQ - semelles orthopédiques

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